Il n'est pas un grand écrivain, il n'écrit pas des oeuvres classiques, il n'est surement pas un génie pour les critiques littéraires mais il crée des textes qui me plaisent. Des textes qui présentent le bonheur comme une fin possible et non comme un état hors de portée. Seulement ce bonheur se mérite et tous ses personnages sont des forcenés dans la recherche de la perfection. Ils travaillent avec acharnement pour atteindre le bonheur à travers l'amour, la liberté, l'enfance. Ils brisent les tabous, resistent aux chocs, combattent notre triste réalité pour imposer leur culture du bonheur. C'est du moins ce que j'ai perçu dans ses romans que j'ai lu :
Les coloriés : Est-il possible de vivre sans adultes? De dire non à l'univers raisonnable et sérieux des grandes personnes? Ecoutez plutôt. il était une fois une île dans le Pacifique où vit un peuple qu'aucune carte n'a jamais répertorié : les Coloriés. Turbulents, sincères, gobeurs d'instants, ils vivent dans un univers sansa daultes où l'enfance et le jeu sont devenus une culture à part entières.
En 2003, l'ethnologue Hippolyte Le Play rencontre à Paris Dafna, une jeune et ravissante représentante du peuple colorié. Imprévisible, gouvernée par ses émotions et ses désirs fantasques, cette "grande petite fille" le bouleverse immédiatement. Mais les Coloriés ne sont pas des oiseaux que l'on apprivoise facilement. Et voilà Hippolyte embarqué dans une course-poursuite imprévue qui l'entraînera bien loin de chez lui.
Le zèbre : Gaspard Sauvage, dit le Zèbre, refuse de croire au déclin des passions. Bien que notaire de province, condition qui ne porte guère aux extravagances, le Zèbre est de ces irréguliers qui vivent au rythme de leurs humeurs fantasques.
Quinze ans après avoir épousé Camille, il décide de ressusciter l'ardeur des premiers temps de leur liaison. Insensiblement, la ferveur de leurs étreintes s'est muée en une complicité de vieux époux. Cette déconfiture désole Gaspard. Loin de se résigner, il part à la reconquête de sa femme.
Grâce à des procédés cocasses et à des stratagèmes rocambolesques, il redeviendra celui qu'il naurait jamais dû cesser d'être : l'Amant de Camille, l'homme de ses rêves. Même la mort pour lui n'est pas un obstacle.
L'île des Gauchers : Dans un archipel du Pacifique Sud ignoré des géographes, l'île des Gauchers abrite une population où les droitiers ne sont plus que l'exception. Mais là n'est pas le plus important. Cette minuscule société, fondée par des utopistes français en 1885, s'est donné pour but de répondre à une colossale question : comment fait-on pour aimer? Sur cette Terre australe, le couple a cessé d'être un enfer. C'est l'endroit du monde où l'on trouve, entre les hommes et les femmes, les rapports les plus tendres. Voilà ce que vient chercher, dans l'île des Gauchers, lord Jeremy Cigogne. A trente-huit ans, cet aristocrate anglais enrage de n'avoir jamais su convertir sa passion pour sa femme Emily en un amour véritable. A trop vouloir demeurer son amant, il n'a pas su devenir son mari.
Mademoiselle Liberté : Liberté a dix-huit ans. Elle refuse ce que la plupart des femmes tolèrent : un amour imparfait, sans folie. Inapte aux compromis, Mademoiselle Liberté ne conçoit pas d'être raisonnable, de se contenter d'une petite part de bonheur. L'infini est sa mesure, l'absolu son oxygène. Animée par un goût prodigieux pour le plaisir, elle bondit vers ses appétits. Horace, le proviseur de son lycée, sait lui aussi vivre la vie : ce furieux ne se repose que dans l'hyperbole. Marié à une épouse professionnelle, il rêve de foncer dans un destin superlatif. Liberté décide de chercher avec lui la perfection : elle ne se contentera pas d'un brouillon de liaison, elle exigera la passion intégrale, portée à son comble, fignolée jusqu'au délire. Ces deux forcenés tenteront un amour idéal. Ils désirent un chef-d'oeuvre sinon rien.
Mais ses personnages qui paraissent déjà fous à nos yeux ne sont rien à côté de ce qu'il voit dans sa famille. Cette vision, il la raconte dans un roman où il est impossible de détacher la fiction et la réalité :
Le Roman des Jardin : Dois-je avouer que, soudain, j'en ai eu assez de me cacher publiquement en écrivant des romans de bon garçon? Que mes petites épopées sur l'extase conjuguale m'ont paru, la quarantaine venue, bien pâlichonnes au regard des folies de ma famille? Bon sang, me suis-je dit : jusqu'à quand auras-tu peur d'être un Jardin? Il faut admettre que le sang des Jardin est un breuvage à haut risque. Une gorgée, et bas les masques ! Cap sur les sentiments incorrects ; sur des fièvres bizarres, loufoques, grisantes ; sur ces hurluberlus qui font ma tribu et qui embellirent leur vie de magnifiques audaces...
Le résultat est là : dans ce roman vrai, je perce mes abcès de silence. Je vagabonde enfin au sein de ce clan qui, à lui seul, incarne la fantaisie, l'irrégularité en tout et un moment d'incroyable liberté. Pour la première fois, je redeviens un Jardin. Suis-je digne de ces grands fouleurs de principes? Je leur dois, en tout cas, la meilleure part de ce que je suis.
En conclusion je dirais qu'Alexandre Jardin est futile et flatteur pour les uns, romantico-naïf, immature et facile pour les autres, il n'empêche que rien ne retire le plaisir que j'ai à le lire et que mon imagination me crie d'y croire.